« Gouvernementalité algorithmique et perspectives d'émancipation »
Réseaux 1/2013 (n° 177), p. 163-196.
URL : www.cairn.info/revue-reseaux-2013-1-page-163.htm.
DOI : 10.3917/res.177.0163.
PLAN DE L'ARTICLE
- Les trois « temps » de la gouvernementalité algorithmique
- Récolte de quantité massive de données et constitution de datawarehouses
- Traitement des données et production de connaissance
- Action sur les comportements
- Un gouvernement sans sujet, mais pas sans cible ?
- La personnalisation est-elle réellement une forme d’individuation ?
- Les paradoxes de la personnalisation : une gouvernementalité algorithmique sans sujets mais compatible avec les phénomènes d’hyper-subjectivation contemporains
- Les relations comme cibles du « pouvoir » dans la gouvernementalité algorithmique ?
- Perspectives transindividuelles et rhizomatiques
Résumé
La gouvernementalité algorithmique se caractérise
notamment par le double mouvement suivant : a) l’abandon de toute forme
d’« échelle », d’« étalon », de hiérarchie, au profit d’une normativité
immanente et évolutive en temps réel, dont émerge un « double
statistique » du monde et qui semble faire table rase des anciennes
hiérarchies dessinée par l’homme normal ou l’homme moyen ; b)
l’évitement de toute confrontation avec les individus dont les occasions
de subjectivation se trouvent raréfiées.
Ce double mouvement nous paraît le fruit de la focalisation de la statistique contemporaine sur les relations. Nous tentons d’évaluer dans quelle mesure ces deux aspects de la « gouvernementalité algorithmique » ainsi dessinée, avec l’appui qu’elle se donne sur les seules relations, pourraient être favorables, d’une part, à des processus d’individuation par la relation (Simondon) et, d’autre part, à l’émergence de formes de vie nouvelles sous la forme du dépassement du plan d’organisation par le plan d’immanence (Deleuze-Guattari). Par cette confrontation aux principales philosophies contemporaines de la relation, il apparaît alors qu’une pensée du devenir et des processus d’individuation par la relation réclame nécessairement du « disparate » - une hétérogénéïté des ordres de grandeur, une multiplicité des régimes d’existence - que la gouvernementalité algorithmique ne cesse précisément d’étouffer en clôturant le réel (numérisé) sur lui-même. La gouvernementalité algorithmique tend plutôt à forclore de telles perspectives d’émancipation en repliant les processus d’individuation sur la monade subjective.
Ce double mouvement nous paraît le fruit de la focalisation de la statistique contemporaine sur les relations. Nous tentons d’évaluer dans quelle mesure ces deux aspects de la « gouvernementalité algorithmique » ainsi dessinée, avec l’appui qu’elle se donne sur les seules relations, pourraient être favorables, d’une part, à des processus d’individuation par la relation (Simondon) et, d’autre part, à l’émergence de formes de vie nouvelles sous la forme du dépassement du plan d’organisation par le plan d’immanence (Deleuze-Guattari). Par cette confrontation aux principales philosophies contemporaines de la relation, il apparaît alors qu’une pensée du devenir et des processus d’individuation par la relation réclame nécessairement du « disparate » - une hétérogénéïté des ordres de grandeur, une multiplicité des régimes d’existence - que la gouvernementalité algorithmique ne cesse précisément d’étouffer en clôturant le réel (numérisé) sur lui-même. La gouvernementalité algorithmique tend plutôt à forclore de telles perspectives d’émancipation en repliant les processus d’individuation sur la monade subjective.
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