Avec son nouvel Android, Google tente d'accroître son avance sur Apple

Devant son siège californien de Mountain View, Google a installé une représentation en chocolat d'Android, version Kitkat.
AFP PHOTO/NESTLÉ
San Francisco Correspondance
" KitKat ", compatible avec tous les terminaux, limitera la multiplication des versions
|
Google a dévoilé,
jeudi 31 octobre, à San Francisco, la dernière version d'Android, son
système d'exploitation (OS) mobile qui équipe environ 80 % des
smartphones et 60 % des tablettes vendus actuellement dans le monde.
Baptisée KitKat, cette déclinaison introduit quelques nouveautés mais
elle ne représente pas une réelle rupture pour l'utilisateur par rapport
à la précédente.
La véritable innovation est en fait technique. Ce nouvel
Android a été conçu pour limiter l'utilisation de mémoire vive. Et ainsi
être compatible avec les smartphones d'entrée de gamme, qui constituent
aujourd'hui l'essentiel du marché dans les pays émergents.
Parfois vendus pour moins de 100 dollars, ces terminaux ne
disposaient jusqu'à présent pas de la puissance nécessaire pour faire
tourner les versions successives du système d'exploitation.
" La plupart sont équipés de Gingerbread - une mise à jour lancée fin 2010 - ",
reconnaît Sundar Pichai, le patron d'Android. Selon les chiffres
fournis par Google, la moitié des smartphones Android fonctionne ainsi
avec une version vieille de deux ans ou plus. A titre de comparaison,
iOS7, le dernier OS d'Apple, avait été installé sur 64 % des iPhone un
mois à peine après sa sortie en septembre.
La fragmentation est un problème récurrent pour Google,
depuis ses débuts dans la téléphonie mobile en 2008. Contrairement à
Apple, qui contrôle à la fois les aspects matériels et logiciels, la
société de Mountain View s'appuie sur des fabricants partenaires, comme
Samsung, LG ou Sony. Ce sont eux qui choisissent la version d'Android
qui sera intégrée à leurs appareils. Et ils décident ensuite de
proposer, ou non, les mises à jour du système à leurs clients.
KitKat ne sera pas épargnée par ce phénomène. Cette version
n'est pour l'instant disponible que sur un seul smartphone, le tout
nouveau Nexus 5 que Google a aussi présenté jeudi. Ses responsables
promettent, sans s'engager sur des délais, qu'elle arrivera bientôt sur
d'autres terminaux. Google espère juste que les modèles sortant en 2014
en seront tous équipés.
Lutter contre la fragmentation est important en termes
d'image de marque, alors que les dirigeants d'Apple ne manquent jamais
une occasion de souligner cette différence entre les deux plates-formes.
Sur le plan commercial, Google sera aussi mieux armé pour faire face à
la concurrence sur le segment des terminaux bon marché, en offrant une
expérience similaire à celle des appareils haut de gamme, et non plus un
logiciel dépassé.
Simplification
La diversité d'Android pose aussi un problème aux
développeurs. Cela représente du travail supplémentaire pour s'assurer
que leur application fonctionne avec les différentes variantes du
système d'exploitation. Cette complexité explique en partie pourquoi les
start-up privilégient en priorité iOS d'Apple.
Du coup, il est fréquent que des applications récentes ne
soient pas compatibles avec les anciennes versions d'Android. Pour les
développeurs, c'est autant de clients potentiels en moins.
KitKat doit leur permettre de résoudre ce problème. Il sera
en effet possible d'adapter automatiquement les applications à la
puissance du terminal utilisé.
" Le meilleur exemple, c'est Chrome - le navigateur Internet de Google - , explique M. Pichai. Il sera désormais accessible sur les smartphones d'entrée de gamme. Il mettra juste un peu plus de temps à se lancer. " Même chose pour l'assistant vocal Google Now.
En rendant sa plate-forme plus simple à appréhender, Google
espère séduire les développeurs. L'enjeu est important, car la richesse
des magasins d'applications est une composante importante dans les
décisions d'achat. C'est pour cette raison que BlackBerry et, dans une
moindre mesure, Microsoft peinent à percer sur le marché des
smartphones.
Le nouvel Android doit permettre d'accroître le nombre
d'utilisateurs de ces produits. Ils se situent au coeur du modèle
économique.
Le système d'exploitation est en effet proposé gratuitement
aux fabricants de smartphones - au contraire de Windows Phone, qui est
payant. Google se rémunère grâce aux différents services installés sur
les appareils : recherche, cartes, YouTube, magasin d'applications...
Plus ils sont utilisés et plus la société génère du chiffre d'affaires.
Jérôme Marin
© Le Monde
|